Pare-balles, pare-couteau…

Énergie cinétique, pare-balle, pare-couteaux ou pare-seringues…tout le monde sait ce qu’est un gilet pare-balle. Mais sur quel principe physique un « tissu » ou une plaque rigide arrêtent ils une balle ou un couteau et de quoi est constitué le matériau qui fait écran entre vous et un corps pénétrant ? Quelle ergonomie, quel poids et quel ratio bénéfices/risques pour l’utilisateur ? Quelle durée de vie (optimale) pour le matériau de protection ? bref un petit tour d’horizon pour vous aider à choisir la protection adaptée et à prendre en compte les contraintes qui vont avec !
On va commencer par définir l’essentiel (pour ceux que ça emmerde passez à la suite de l’article), c’est quoi l’énergie cinétique ? On va faire simple et concis

  • C’est l’énergie d’un corps en mouvement (en l’espèce la balle, le couteau ou la seringue). Cette énergie va dépendre de la masse du corps en question, et de sa vitesse. L’énergie cinétique s’exprime en joule. Dans le cas d’une balle – qui sera l’exemple le plus simple et le plus parlant – c’est l’énergie cinétique dégagé qui détermine sa puissance de pénétration (avec un ensemble d’autres facteurs comme le calibre de la balle, sa forme, sa matière, la puissance de l’explosion qui va permettre d’imprimer la force initiale – mise en mouvement de la balle, et la longueur du canon – qui va permettre l’accumulation de l’énergie jusqu’à sa bouche).
  • Pour calculer l’énergie cinétique d’une balle (ou d’un autre objet) il faudra appliquer la formule suivante :
  • Ec​=0,5​×m×v 2
  • Ec : Énergie cinétique
  • m : masse – exprimée en kilos
  • v : vitesse (au carré) – exprimée en mètres (par seconde, minute…)
    • Donc pour une balle de 9x19mm, d’un poids de 8 grammes (0,008 Kg) et projetée à une vitesse de 350 m/s ça donne :
      • 0,5×0,008 (la masse exprimée en Kg) : 0,004
      • 350×350 (la vitesse au carré de la balle en m/s) : 122500
      • Donc: 0,004×122500 : 490 joules
  • Ce qu’il y a de fascinant avec l’énergie c’est qu’elle ne peut pas se perdre, mais uniquement se transférer. Une fois sortie du canon – et donc une fois dans l’air – l’énergie d’une balle subit des frottements (en dilatant l’air justement) et lui en transfert donc une partie, jusqu’à l’impact sur ça cible. À l’impact, l’énergie restante va être transférée dans sa totalité (en fonction évidemment de la nature de la cible) et provoquer les dégâts qui vont bien sur les tissus, les os, les organes…C’est la ou le matériau pare-balle va faire le job !
L’idée générale c’est donc d’absorber (stopper net le projectile c’est tentant mais…vous vous souvenez que l’énergie ne subit pas une déperdition, simplement un transfert – je vous laisse imaginer ou elle ira si le matériau de protection stoppait le projectile sans en absorber l’énergie hein…) le transfert d’énergie du projectile sur une surface (la plus large possible) autre que votre corps. La ou ça ce complique c’est que la pointe d’un couteau ou le cône d’une balle présentent des surfaces à l’impact relativement « petites » tout en concentrant une énergie phénoménale !

comparaison énergie cinétique

Acier balistique, Kevlar, Goldflex, polyéthylène, dyneema, céramique…Avant de présenter les propriétés mécaniques des matériaux de protection, une petite liste de celles utilisées dans tous les gilets du marché (j’écarte volontairement les matériaux issus de nanotechnologies, le biosteel – les fameuses soies d’araignées – ou les modifications cellulaires de l’artiste Jalila Essaïdi) :

  • Les fibres (déclinés en plaques souples) :
    • Les para-aramides
      • Twaron (société Teijin)
      • Kevlar (société Dupont)
      • Goldflex (société Honeywell)
    • Les polyéthylènes
      • Spectra (société Honeywell)
      • Dyneema (société DSM)

De l’ensemble de ses fibres l’on retient le Goldflex (capacité de résistance accrue, comportement optimal à la torsion – plus cher à la production) et le Dyneema (rapport poids/résistance plus élevé que ses compétiteurs et une résistance remarquable à l’humidité, à l’abrasion et aux UV).

La encore l’on passe sur le procédé de fabrication et les différents stades de transformation des fibres, des tissages utilisés ainsi que sur les propriétés physique de chaque matériau ou de leurs déclinaisons (à titre info il existe 6 types de Kevlar différents, sans compter les types de Dyneema, obtenus selon un protocole de fabrication différent – je manque de temps pour écrire un bouquin…Mais si ça vous intéresse, envoyez nous un message, on vous enverra la documentation).

Vous retrouvez l’un de ces fibres dans toutes les plaques souples proposées actuellement sur le marché. Elles présentent peu ou prou, les mêmes capacités mécaniques – capacité d’absorption en joules par m2 – avec des variations quand à la résistance à l’humidité, à l’exposition aux UV et à l’abrasion. Évidemment certaines seront « meilleures » que d’autres mais de toute façon il faudra considérer qu’une plaque abimée (suite à l’absorption d’un tir, d’une exposition à un agent chimique, d’une déchirure…) doit impérativement être remplacée.

fibre balistique dyneema

  • Les aciers (déclinés en plaques dures ou en découpes spécifiques pour la protection d’un véhicule ou d’un bâtiment) :
    • Armor ou Armox 500 – en fonction du fabricant
      • Sans rentrer dans le détail un acier à la structure spécifique, utilisé pour la fabrication de plaques balistiques dures et de structures pare-balles pour les véhicules, des bâtiments modulaires…Décliné en épaisseur variable en fonction du besoin.
      • L’indication 500 fait référence à l’indice de dureté (échelle de Brinell)
      • L’on passe sur les aciers présentant un indice de 550 ou plus, ils ne sont pas utilisés pour la fabrication d’éléments de protection individuelle.
  • La céramique – ou plutôt un matériau composite incluant de la céramique (déclinée en plaques dures ou en billes, exclusivement pour un usage pare-balle) :
  • Composé la plupart du temps d’une première couche d’epoxy ou de fibre de verre – protection de la plaque contre les éclats, les rayures, les chocs contondants… – de céramique (alumine, carbure de bore…), puis de couches de polyéthylène UHMWPE (ultra high molecular weight polyethylene) ou d’une fibre balistique souple (voir plus haut) qui vont assurer la dispersion de l’énergie sur toute la surface de la plaque. C’est ce qui donne la fameuse plaque balistique SAPI (Small Arms Protective Insert)
  • Les trois formules de céramique utilisées (le plus couramment) pour la fabrication d’une plaque de protection balistique :
    • Oxyde d’aluminium (Al2O3 – communément appelé Alumine)
      • C’est la formule la plus économique (au cout de fabrication et du volume de matière à utiliser pour obtenir un niveau de protection optimal) et celle qui présente la plus forte densité – en fonction de la pureté du produit final – son processus de fabrication doit afficher une pureté de 90 à 99,95% et une porosité inférieure à 2%
    • Carbure de bore (B4C)
      • 2 fois plus dur que l’alumine, mais aussi d’une densité inférieure, c’est le matériel idéal pour « stopper » une balle…sauf qu’il est cher à la production, extrêmement cassant à la « déchirure » – ce qui est la caractéristique d’une balle perforante par exemple – et qu’il nécessite un processus de fabrication différent en fonction que l’on veut obtenir une protection optimale pour l’absorption d’une seule ou de plusieurs. Pour exploiter ses performances exceptionnelles le carbure de bore est en général utilisé en conjonction du carbure de silicium.
    • Carbure de silicium (SiC)
      • L’on retrouve, grosso merdo, les mêmes capacités physiques que le carbure de bore, avec cependant une densité plus importante. La combinaison d’une dureté quasi similaire à l’alumine et au carbure de bore avec sa densité – en fonction du processus de fabrication – plus ou moins élevée en font le choix idéal pour (ou contre plutôt) les balles à très haute vitesse ou perforantes.
    • Il est à noter que le composant céramique, par nature, est « cassant » et que la plaque de protection en céramique subira invariablement des dommages importants à l’impact – c’est même en partie ce qui assure le transfert d’énergie et l’arrêt du projectile. Nous aborderons plus loin la différence entre « single » et « multi » hits (plaque qui présente la possibilité d’absorber l’énergie d’une seule ou de plusieurs projectiles) mais, comme noté en introduction du chapitre « céramique », assurer la cohérence du matériau, lui permettre de conserver ses propriétés balistiques et éviter la projection d’éclat, passe par l’ajout d’un matériau composite (en couverture – epoxy, résines de polyester fibre de carbone) et d’un matériau balistique (à base de fibre polyéthylène ou d’aramide par exemple – permettant la réduction des microfissures de la plaque céramique et une absorption optimale de l’énergie cinétique). La plupart des plaques céramiques présentent aussi une couche de matériau (mousse phénolique) pour sa résistance au feu et ses propriétés d’isolation thermique.

En deux mots, plus la plaque céramique est rigide (et fabriquée en conjonction avec une « couverture » et « renforcée » avec une fibre balistique), plus la céramique utilisée est « dure » – plus dure que la matière de la balle – mieux c’est !

  • Le polyéthylène haute performance (UHMWPE – ultra high molecular weight polyethylene) dans sa forme composite stratifié (dans sa version fibre le UHMWPE c’est – notamment – les matières de protection balistique Dyneema et Spectra sous forme de plaques balistiques souples) – la encore le matériau sera exploité sous la forme de plaques individuelles ou à la découpe pour la protection de véhicule ou d’aéronefs. On va faire simple : à ce jour c’est le composé thermoplastique le plus résistant (aux chocs, aux solvants, à l’abrasion) et il n’absorbe quasiment pas l’humidité. Composé d’une répétition d’unités monomère (en gros la répétition de la structure d’une macromolécule – des milliers de fois. La polymérisation), l’UHMWPE peut être fabriqué selon plusieurs processus (avec l’imprégnation d’une matrice thermostatique, avec un nombre de filaments plus ou moins élevés ou d’une section plus ou moins large, avec un filage particulier…) et la plaque de protection peut présenter un nombre de feuilles variable (la « feuille » d’ UHMWPE fabriquée par DSM Dyneema® SB71 par exemple), mais, dans le cas d’une plaque dure elle sera toujours présentée sous forme composite. Sa très faible densité et sa capacité de résistance exceptionnelle en font le matériel idéal pour un ratio protection/poids optimal.
  • Vous retrouverez l’UHMWPE dans la composition de la plupart des boucliers balistiques et des visières – notamment parce qu’il permet la transparence et donc une vision optimale pour le porteur.
  • Une plaque en UHMWPE ne pourra être utilisée pour la protection contre une balle perforante ou à très haute vitesse (un ensemble de test l’ont démontré) mais sera un excellent additif à la plaque céramique pour permettre une espèce de plaque individuelle en « sandwich » – la plaque céramique et composite comme présenté plus haut – qui assurera une protection contre la plupart des calibres légers (en excluant certaines munitions spécifiques, le .50 BMG, .408 CheyTac, en gros tout ce qui pourra aussi servir de calibre anti-véhicule).

agencement céramique

Super ! Mais alors comment ça fonctionne concrètement ? Relativement simple ! qu’il s’agisse d’une fibre, d’acier ou de céramique, l’important c’est :

  1. Que la structure moléculaire du matériau ait une capacité d’absorption de l’énergie maximale.
  2. Que l’absorption de l’énergie se fasse sur une surface la plus large possible.
  3. Dans le cas d’un gilet pare-balle, que la force de l’impact sur le matériau de protection permette la déformation (et donc réduise la concentration d’énergie en permettant à la balle de s’expanser) ou l’éclatement du projectile.

Pour les matières de protection proposées « souples » (kevlar, goldflex, spectra ou dyneema) :

Dans un souci de vulgarisation j’écarte volontairement les différences structurelles entre para-aramides et polyéthylène. Imaginons un filet de terrain de tennis (ou le filet des buts d’un terrain de foot). Quand une balle (ou un ballon) touche le filet celui-ci se déforme de manière conique et les cordes qui composent le filet absorbent l’énergie à 360° jusqu’à ce qu’elle soit totalement absorbée et que le ballon s’arrête. La matière textile « souple » d’une plaque pare-balle va agir exactement de la même manière, à ceci près que le trauma causé par une pénétration conique très puissante – et sur une surface très réduite –  vers l’intérieur du corps pourra être tout aussi mortel que si le projectile pénétrait réellement le corps. La différence réside donc dans un maillage de la fibre beaucoup plus serré que le maillage d’un filet de sport. Ce maillage très fin va permettre la dispersion de l’énergie sur toute la surface de la plaque et donc la réduction de la déformation conique que lui impose le projectile (on y reviendra au chapitre des différentes normalisations officielles).

Pour permettre cette dispersion de l’énergie et l’arrêt complet du projectile avant pénétration, il faut :

  • La succession de couches textiles qui agissent individuellement comme un filet
  • Un maillage de chaque couche qui soit suffisamment fin pour une dispersion maximale de l’énergie sur toute sa surface
  • Qu’à l’impact le transfert d’énergie agisse sur le projectile lui-même en « l’écrasant » pour supprimer une partie de la pénétration due à la forme conique des balles – et donc en contribuant à augmenter la surface de « prise en charge » de la balle
  • Que la fibre utilisée ait des propriétés de résistance à la tension exceptionnelle
  • Le cas particulier des plaques pare-couteaux ou pare-seringues :
  • La différence de vélocité (la vitesse) d’un coup porté avec un couteau (ou un pic, ou une seringue) est très inférieure à celle d’une balle (même de très petit calibre). De fait les fabricants (la première normalisation des plaques anti-couteau date de…1993) ont dû adapter la résistance mécanique des fibres usuellement utilisées pour arrêter les balles.
  • Les fibres utilisées ont les mêmes dénominations commerciales – Dyneema ou Kevlar – mais le processus de fabrication diffère pour obtenir un maillage à même d’absorber et d’arrêter la progression d’une lame ou d’une seringue dans la surface de la plaque.
  • On y reviendra plus tard mais ce sont les anglais (foutus rosbif) qui ont (en 1993 donc), via l’HOSDB (Home Office Scientific Development Branch – l’institut scientifique du ministère de l’intérieur quoi) développent une norme spécifique conçue pour la protection contre les lames de couteau ou les seringues (capacités balistiques, protocole de test, niveaux d’efficience…
  • On note qu’une plaque pare-couteau pourra être portée en conjonction d’une plaque pare-balle

Pour les matières de protection proposées « dures » (céramiques & UHMWPE) :

Le process est légèrement différent ! Une plaque dure a pour but de protéger son porteur des dégâts mécaniques d’une munition beaucoup plus véloce (potentiellement avec un design conçu pour une pénétration accrue ou la concentration de l’énergie cinétique sur une surface restreinte). Le comportement d’une balle de calibre plus « modeste » (ou avec une explosion de départ plus réduite) lors de son impact sur une plaque « textile » ne pourra absolument pas être identique dans le cas d’une balle plus rapide et plus « puissante ». D’une part parce que l’énergie cinétique dégagée pourrait permettre au projectile de pénétrer la surface de protection sans problème – et continuer sa trajectoire dans le corps du porteur –  et d’autre part parce même en cas d’absorption de l’énergie la déformation conique imposée mécaniquement provoquerait des dégâts physiologiques potentiellement aussi mortels que s’il n’y avait pas de protection du tout. Il est donc impératif que la plaque dure :

  • Soit composée d’un matériau plus dur que celui qui lui est opposé (la balle qui tente de pénétrer)
  • Que l’absorption de l’énergie se fasse (comme pour les plaques souples) sur une surface la plus grande possible
  • Qu’à l’impact (toujours comme pour les plaques souples) le projectile s’écrase ou se désagrège au maximum
  • Le cas particulier du « multi-hits » (la plaque en mesure d’absorber l’énergie de plusieurs projectiles à la suite) :
  • La rien de bien compliqué – reportez vous au chapitre « La céramique – ou plutôt un matériau composite incluant de la céramique » qui détaille la structure d’une plaque constituée de différentes couches (revêtement de protection – époxy, céramique, matière balistique composite et potentiellement une couche de mousse phénolique).
  • C’est cette composition en « sandwich » qui va permettre de conserver principalement les propriétés de la céramique (qui, comme indiqué plus haut va se fragmenter dès le premier impact). Même en « morceau » le matériau céramique, dès le moment ou la conception en « sandwich » lui conserve sa structure initiale – en deux mots la céramique en morceau reste compressée dans sa gangue (avant le premier impact), va conserver ses propriétés mécaniques. La matière balistique composite va quant à elle continuer à assurer son rôle d’absorbant de l’énergie.
  • En plus de la composition en « sandwich » intervient te type de structure utilisé pour la surface en céramique. D’après les tests cités ci-dessous il est essentiel que la céramique soit disposée non pas d’un seul tenant mais en plusieurs « tuiles ». Ce tuilage permet de conserver intact les capacités de protection des tuiles adjacentes à la tuile qui a absorber le premier impact. Logique quoi.
  • Sur la base d’un test comparatif V50 (velocity 50 – voir plus bas) effectué par messieurs Horsfall et Buckley ainsi que Watson et al (jetez un œil sur google si leurs tests ont un intérêt pour vous) avec des plaques intactes et des plaques ayant subis un impact, le résultat indique (en fonction de la vitesse de la balle à l’impact / avec une munition de 7,62 / sur des plaques SAPI en alumine) une baisse de la performance de 3 à 8%. Ce qui permet quand même de constater que le matériau conserve une capacité de 24 à 12% supérieure aux exigences de la norme.
  • Attention : même si le matériau fait le boulot, il ne pourra pas assurer votre protection contre des dizaines d’impacts ! En deux mots à couvert fissa !
  • Le cas particulier des plaques « stand-alone » (la plaque qui assure le niveau de protection qu’elle indique – en fonction de la norme choisie pour son test – sans être utilisée en conjonction avec une autre plaque de protection (souple) :
  • La encore il s’agit d’une plaque de protection (dure) qui aura bénéficié d’un processus de fabrication ou d’une structure qui permet son utilisation seule, sans être portée en conjonction avec le support d’une plaque souple (classiquement une plaque de protection portée dans un gilet ET une plaque dure portée par dessus dans un compartiment prévu à cet effet). En deux mot vous pouvez utiliser cette plaque dans un « porte-plaque » tactique – ce qui réduira le volume et le poids que représente la conjonction gilet avec plaque souple + plaque dure ainsi que le confort de mouvement du porteur. Évidemment cela réduit aussi la surface de protection, mais si vous êtes à peu près sur de faire face à des tirs de calibres plus puissants que ceux « traités » par une plaque souple…autant ne pas s’emmerder – pensez quand même au risque d’éclats de shrapnels…
  • La plaque « anti-trauma » :
  • Simple : c’est une plaque souple additionnelle (généralement en fibre, mais ça a existé en acier ou en aluminium) qui est conditionnée dans un format beaucoup plus fin que la plaque souple pare-balle classique (mais dans le même matériau donc). L’idée n’est pas de proposer une protection « en plus » mais de limiter la déformation conique à l’impact (et le trauma physiologique qui en résulte) en optimisant la surface de dispersion de l’énergie et l’écrasement du projectile à l’impact.

Mais alors quel type de plaques arrête quel type de calibres ou d’éclats ?

Chaque pays industrialisé –  France, USA, Allemagne, Chine, Russie, Angleterre…A défini, à un moment ou à un autre, un protocole de test qui défini les capacités de protection (pour les éclats, les munitions, l’effet de souffle et les couteaux) de chaque matériau utilisé. Les différents protocoles proposent tous (en fonction des contraintes exigées pour les tests) une échelle qui permet de déterminer quel produit est le plus adapté au risque que l’on veut traiter.

Bon on commence par chez nous hein ? Ç’est la moindre des choses ! Le protocole et l’échelle d’évaluation française donc :

  • Bon ben il y a comme un léger problème : l’AFNOR (Association Française de Normalisation) ne propose pas un protocole spécifique aux matériaux pare-balles utilisés pour la protection individuelle ou sur véhicule
  • L’on notera cependant :
    • Les normes NF A36-800-2 et NF A50-800-2 (Tôles en acier soudable laminées à chaud pour blindage – Partie 2 : méthode d’essais de tir)
    • La norme NF P 78-401 (remplacée par la norme européenne NF EN 1063 – Verre dans la construction – Vitrage de sécurité – Mise à essai et classification de la résistance à l’attaque par balle)
    • La norme NF EN 1522/1523 (Fenêtres, portes, fermetures et stores – Résistance aux balles – Prescriptions et classification)
    • Bref no comment…

Le protocole et l’échelle d’évaluation américain :

  • Vous connaissez tous la norme définie par la NIJ. Mais les ricains aiment bien faire les choses en grand ! Cela donne donc :
  1. Les normes définies par la NIJ (National Institute of Justice – l’organe de normalisation et de recherche scientifique fédéral américain) :

NIJ Standard 0101.07 – Ballistic Resistance (draft)
NIJ Standard 0101.06 – Ballistic Resistance
NIJ Standard 2005 Interim Requirements for Ballistic Resistance
NIJ Standard 0101.04 – Ballistic Resistance
NIJ Standard 0101.04 Revision A – Ballistic Resistance
NIJ Standard 0101.03 – Ballistic Resistance
NIJ Standard 0115.00 – Stab Resistance
NIJ Standard 0104.02 – Riot Helmets and Face Shields
NIJ Standard 010600 – Helmets
NIJ Standard 0117.00 – Public Safety Bomb Suit Standard
NIJ Standard 0108.01 – Ballistic Protective Materials
FBI body armor test protocol 2008
HP White 401-01b Helmet Testing Procedure

  1. Les normes définies par l’armée américaine :

MIL-STD-662F, MILITARY STANDARD: V50 BALLISTIC TEST FOR ARMOR

Le protocole et l’échelle d’évaluation Allemand :

  • Avec mes excuses, impossible de trouver une version des documents en français ou en anglais, je vous livre donc la version originale en allemand – vous reste à utiliser google translate hein…
  1. L’organisme de certification allemand (Vereinigung der Prüfstellen für angriffshemmende Materialien und Konstruktionen) défini les normes suivantes :

VPAM KDIW2004 Stand: 18.05.2011
VPAM KDIW 2004 Stand: 12.05.2010
VPAM HVN 2009 Stand: 12.05.2010
VPAM APR 2006 Edition: 2009-05-14
VPAM BSW 2006 Stand: 14.05.2009

Le protocole et l’échelle d’évaluation Russe :

  • Le GOST (pour ceux qui sont intéressé par une traduction du document envoyez moi un message, on sait faire en interne).

GOST R 50744 95

Le protocole et l’échelle d’évaluation Anglais :

  • L’on rappelle que c’est l’institut scientifique anglais qui a le premier défini un protocole spécifique aux matériaux fabriqué pour la protection contre les couteaux et les seringues en 2013.
  1. L’organisme de certification anglais – l’HOSDB (Home Office Scientific Development Branch) défini les protocoles suivants :

HOSDB Body Armour Standards for UK Police (2007)
HOSDB Body Armour Standards for UK Police (2007) Part 1: General Requirements
HOSDB Body Armour Standards for UK Police (2007) Part 2: Ballistic Resistance
HOSDB Body Armour Standards for UK Police (2007) Part 3: Knife and Spike Resistance

Le protocole et l’échelle d’évaluation Chinois :

  • J’espère que vous avez des notions d’anglais, c’est la seule version que j’ai trouvé – en excluant le chinois et le mandarin évidemment…
  1. La norme est définie sous l’appellation :

GA 141 2010

Le protocole et l’échelle d’évaluation de l’OTAN (STANAG) – pour véhicules et aéronefs exclusivement :

  • Ce protocole est exprimé en 2 volumes (NATO AEP-55 STANAG 4569 vol 1 et vol 2)
  • Il n’est pas destiné aux éléments de protection personnels mais exclusivement aux véhicules et aéronefs
  1. Le tableau de la norme est disponible ici :

NATO AEP-55 STANAG 4569

Le protocole et l’échelle d’évaluation de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande :

  • Il est à noter que ce protocole ne prend en compte que les armes de poing et le calibre de chasse .12
  1. La norme est définie sous l’appellation :

AS/NZS 2343:1997

ICI UN TABLEAU RÉCAPITULATIF DES NORMALISATIONS POUR LES PROTECTIONS INDIVIDUELLES ET LES PROTECTIONS POUR VÉHICULE ET AÉRONEFS

LES PETITS CONSEILS AVANT (ET APRÈS) ACHAT :

  • Pensez à la mobilité et au confort de mouvement – être immobile sous le feu ennemi c’est être mort
  • Aucun matériau de protection ne vous garantie totalement qu’un projectile ne pénètrera pas. Ayez confiance dans votre matériel mais de manière raisonnée, ne vous exposez pas de manière inutile
  • Quand une plaque (souple ou rigide) a subi un impact ou une dégradation importante…elle n’est plus opérationnelle !
  • Quand vous évaluez le poids de votre gilet ou de vos plaques prenez en compte l’emport de votre sac, de vos munitions, de vos armes…
  • Faites l’acquisition de plaques « anti-trauma ». Le cout est moindre et de toute façon inférieur à la douleur et au risque létal consécutif des dégâts physiologiques provoqués par la déformation interne de vos plaques souples à l’impact
  • N’oubliez pas que l’efficacité des matériaux a une durée de vie ! Au delà de la garantie apportée par le vendeur ou le fabricant, vous devez considérer que le matériau n’est plus opérationnel
  • Respectez les consignes d’entretien et de protection (humidité, exposition aux UV, exposition à des solvants…) indiqués par le vendeur ou le fabricant
  • Entrainez vous à manipuler vos armes et les accessoires emportés avec votre gilet ou votre porte-plaque sur le dos ! Cela améliorera vos sensations comme vos reflexes

Bonne chance, et comme d’habitude, restez en sécurité, soyez bénis !

Autonomie, articulation & adaptivité du groupe de combat

Comment organiser et mettre en œuvre les différentes missions d’un groupe de combattants ? Comment le chef de groupe défini les objectifs et les protocoles à appliquer ? Comment un groupe constitué ou un binôme de combattants isolés peut assurer son autonomie et rester proactif, même séparé de ses chefs et de sa base ? L’on va découvrir (et pour certains redécouvrir) les actes élémentaires du combattant au contact direct de l’ennemi, à travers un explicatif simple & un ensemble de schémas (coordination, articulation, actes réflexes, commandements divers…).

Outre l’aspect technique du document et la présentation d’un ensemble de schémas qui permettront d’avoir à portée de main un « mémo » utile et adaptable aux différents scenarii auxquels vous pourriez être confrontés, cet extrait du TTA 150 (édité par les armées françaises) se veut une base parfaite pour établir le schéma de formation des combattants (du soldat au chef de groupe), lui inculquer les bases de l’infanterie, et, plus généralement, lui faire prendre conscience de sa qualité de guerrier.
En préambule un rappel des « obligations » (entre guillemets puisque l’accomplissement d’un guerrier et sa capacité à aller jusqu’au bout est un ensemble de facteurs) du combattant et de son chef. Il est intéressant de noter qu’un petit paragraphe reprend les obligations souscrites par la France au titre des conventions de Genève (même si le cadre d’un conflit civil sur son propre territoire ne se prête pas facilement au respect des obligations en question).
Les trois chapitres suivants indiquent (et différencient) les « actes réflexes », les « actes élémentaires » et les missions principales du binôme. C’est sur cette partie (modeste en volume) que les formateurs concentreront les premiers modules du schéma de formation, avec notamment :
  • Se déplacer, se poster & utiliser ses armes
  • S’orienter dans le temps et l’espace
  • Assurer le renseignement et garder le contact avec son chef et sa base
  • S’abriter, se dissimuler et se camoufler
  • Se défendre, sécuriser un point ou une zone
  • Croiser les feux et assurer le roulement du feu
Interviennent ensuite les « bonnes pratiques » et les protocoles basiques qui permettent le commandement d’une équipe, d’un groupe (un groupe étant un ensemble d’équipes – de 2 à 4) ou d’une section. L’on passe sur les qualités intrinsèques d’un chef pour se concentrer sur l’un des aspects majeur d’un groupe optimal : sa mobilité et sa capacité à être autonome (dans ses décisions à l’échelle tactique, dans son support logistique…). L’accent est mis (avec schémas) sur l’une des missions principales d’un groupe, la patrouille. Comment assurer le déplacement des hommes, comment le modifier en fonction des impératifs du terrain ou de la détection d’éléments hostiles, comment assurer une chaine de commandement efficace et simple…
Les spécificités propres au NRBC ou à l’antiaérien (qui sont survolés dans le document) ne sont pas des préoccupations essentielles d’une milice constituée qui ne dispose pas des moyens d’une armée nationale, ni en termes logistiques, ni en capacité de réaction. Néanmoins l’on peut transposer les recommandations de ce document à travers le prisme des technologies et éléments chimiques ou biologiques qui seraient inévitablement utilisés en cas d’effondrement de la normalité : drones, IED, désherbants, bombes incendiaires improvisées…Et former les hommes à la prise en compte de ce type de menace. Par ailleurs ce type de risques rappelle un élément clé : un hostile est un hostile, il est primordial de ne pas sous estimer une force qui vous est opposée.

La logistique ! Nous avons déjà abordé cet absolu, ce graal de tout combattant, sans qui rien n’est envisageable. En général articulée et mise en œuvre à un échelon supérieur, la configuration d’une milice engagée dans un conflit civil doit en faire la préoccupation principale (après le combat en lui même) du chef de « section » – ou du groupe constitué qui se rapproche en volume d’une section. Chaque action doit faire l’objet AU PRÉALABLE d’un contrôle des moyens mis en œuvre, en fonction :
  • De la durée prévue de mission avant retour vers la base
  • Du type de mission – et donc du potentiel de risque
  • Des contraintes physiques subies par le groupe
  • De la « marge de confort » qu’il est raisonnable d’emporter
  • Et bien entendu de la nature du terrain emprunté
La fin du document présente un schéma fort intéressant : le combat « faible intensité » en phase de crise – soit après la paix civile et avant un effondrement total de normalité, avec une approche technique de la fouille, du check point & le contrôle. Ce type de travail de « police » nous renvoie aux ouvrages du colonel Trinquier et du Capitaine Galula (à lire pour les « en retard » à relire pour « ceux qui ont oublié ».
Bref, sureté, reconnaissance, logistique, mise en défense, interdiction de zone, la chaine de commandement, la capacité à être autonome…Bonne lecture !

TTA 150 / EXTRAIT NO° 4 – FORMATION DE BASE AU COMBAT – CLIQUEZ POUR TÉLÉCHARGER

RESTEZ EN SÉCURITÉ, SOYEZ BÉNIS !

La Vision Nocturne c’est quoi ?

Voir jour et nuit, conduire tous feux éteints ou encore détecter un mouvement hors de portée de votre vision par tous les temps ? Oui on va parler des optiques de « vision nocturne », définir comment et grâce à quel principe physique cette technologie peut exister, passer en revue son fonctionnement – avec son évolution depuis sa création, et pour finir ses différentes utilisations possibles (et leurs limites). Par définition l’achat d’une lunette de vision nocturne est un investissement. Le produit (lunette, jumelle, binoculaire…) doit correspondre à une utilisation la plus polyvalente possible, au meilleur cout, avec la meilleure durée de vie possible.

Pourquoi un être humain ne voit pas la nuit ?

Bon on exclut les vampires et autres loup-garou, c’est des cas à part. L’œil humain est constitué de deux types de cellules (les photorécepteurs qui tapissent le fond de la rétine) :

  • Les cônes – pour distinguer les couleurs

  • Les bâtonnets – pour définir la luminosité

Quand le niveau de luminosité baisse, seuls les bâtonnets – 1000 fois plus sensibles que les cônes et aux nombre de 92 à 100 millions pour un être humain (en comparaison au chat qui en a 150 millions environs et qui est nyctalope) – réagissent. Ce qui explique que votre vision passe en mode « noir & blanc ». De même les objets apparaissent « flous » parce que la transmission des photorécepteurs vers le nerf optique est moins performant avec les bâtonnets. En gros, pour activer la capacité à la « vision nocturne » naturelle et laisser passer la lumière résiduelle, la pupille s’élargit et « active » les bâtonnets. Mais avec une limite qui ne permet pas une vision nocturne efficace.

Les cellules de traitement de la lumière dans votre oeil :
cellules du traitement de la lumière dans l'oeil humain

L’Infra-Rouge c’est quoi  ?

Ça se passe au niveau atomique ! Un atome (constitué de neutrons, de protons et d’un « nuage » d’électrons – c’est la partie qui nous intéresse – qui sont en mouvement autour du noyau de l’atome) est en mouvement perpétuel, même sur un corps (un objet) solide. En fonction de son niveau d’excitation (en fonction de l’énergie qui lui est appliquée – et qu’il absorbe, comme de la chaleur par exemple) ses électrons vont passer d’un état « passif » à un état « excité » et s’éloigner du noyau pour rejoindre une orbite de plus grande énergie. Les électrons excités (qui gagnent une énergie supérieure à leurs capacités) vont, après un certain temps, rejoindre leur orbite « naturel » autour du noyau. Ce « saut » entre deux orbites va générer une perturbation électromagnétique (un rayonnement), et « libérer » ce surplus d’énergie (qui sera égal à l’énergie absorbée) sous forme de photons (et d’une onde électromagnétique – selon le principe de la dualité onde-corpuscule). Cette libération, sous forme de d’ondes ET de photons donc, est quantifiée par le spectre électromagnétique (pour faire simple on va l’exprimer en système métrique).

1 atome, son noyau et ses électrons (les cercles autour du noyau sont les 3 orbites « utilisés » par les électrons, en fonction de leur état d’excitation)
1 atome et ses electrons
  • LA GAMME D’ONDE INFRA-ROUGE S’ÉTEND DE 0,7 à 100 μm
  • LA GAMME D’ONDE VISIBLE S’ÉTEND DE 0,38 à 0,7 μm
  • ON PASSE SUR LES RAYONS GAMMA, X, ULTRAVIOLET et RADIO, pas d’intérêt ici

Ce qui nous intéresse pour la technologie utilisée dans la vision nocturne et thermique c’est la gamme d’onde infra-rouge, subdivisée (par le système CIE) en 4 bandes spectrales :

  • L’infrarouge proche: de 7µm à 1,6µm
  • L’infrarouge moyen: de 1,6 µm à 4 µm
  • L’infrarouge thermique: de 4 µm à 15 µm
  • L’infrarouge lointain: de 15 µm à 100 µm

C’est grâce à ces différentes gamme d’ondes que votre télécommande, votre lampe LED, le guidage missile, les caméras thermiques, les lasers…et tout un tas d’autres applications fonctionnent !

 Le spectre électromagnétique

le spectre électromagnétique

La lumière résiduelle c’est quoi ?

Absolument essentielle au fonctionnement de votre lunette (sans lumière résiduelle – et donc sans photons, pas de vision nocturne possible), émise par le soleil, la lune, les étoiles – et toutes les sources lumineuses qu’on retrouve en zone urbaine (éclairage publique, phares de véhicules, enseignes lumineuses) qui forment un halo lumineux sur une zone vaste – la lumière résiduelle c’est l’ensemble des photons qui se baladent sur l’espace dans lequel vous vous trouvez (à la vitesse de la lumière d’ailleurs), de jour comme de nuit. C’est en amplifiant cette lumière (de nuit évidemment pour une vision nocturne) à l’aide d’une photocathode et d’un écran phosphorescent que l’on va restituer une image (de plus ou moins bonne qualité en fonction de la « génération » du tube qui contient la photocathode).

Maintenant que le principe physique qui permet la technologie « vision nocturne » est posé, on va pouvoir expliquer comment ça fonctionne !

Une lunette à vision nocturne ça marche comment ?

Comme vu plus haut, le principe de base (pour une lunette à fonctionnement passif) est d’amplifier un maximum la lumière résiduelle pour rendre une image avec la meilleure définition et la meilleure luminosité possible. Je n’aborderai que rapidement (et au chapitre « torche infra-rouge) l’exploitation des infra-rouge de manière active, cette technologie étant potentiellement un danger en utilisation tactique.

  1. Une lentille (à l’avant de la lunette) capte la lumière résiduelle ainsi qu’une partie du spectre de l’infra-rouge proche et dirige ceux ci vers le tube électronique (un photomultiplicateur).
  1. En passant dans le photomultiplicateur la lumière (les photons) vient frapper une photocathode et ainsi générer des électrons par effet photoélectrique.
  1. Les électrons sont projetés vers une galette – polarisée par des électrodes – de micro-canaux, le MCP (que l’on considère comme une galette de photomultiplicateur). Construit de façon à faciliter la collision (chaque micro-canal est orienté selon un angle plus ou moins important – de 5 à 8°) et à réduire le « bruit ». Quand les électrons initiaux pénètrent les micro-canaux, ils viennent en frapper les parois et provoquent l’émission d’autres électrons, qui, par effet d’amplification, vont à leur tour aller frapper les parois des micro-canaux, créant ainsi d’autres électrons.
  1. Les électrons (à présent au nombre de plusieurs milliers) vont passer à travers un écran phosphorescent. Grace à l’énergie cinétique acquise, les électrons (qui ont conserver la structure des photons initiaux – ce qui va permettre la restitution de l’image) vont exciter les atomes de phosphore…ce qui va libérer des photons. Cette lumière restituée à travers une lentille va constituer l’image finale – que vous visualisez « en vert » de part les propriétés du phosphore. La lentille devra permettre le focus (et éventuellement le grossissement) pour une qualité la meilleure possible.
    1. Il est à noter que la vision « en vert » est due au choix par les fabricant d’un phosphore spécifique – l’œil humain étant plus sensible au vert, c’était la solution pour un contraste (plus ou moins) optimal à un cout maitrisé.

Le fonctionnement schématique d’une lunette de vision nocturne (de génération 2 au minimum)

schéma du fonctionnement d'une lunette de vision nocturne

Mais alors pourquoi existe-t-il plusieurs « qualités » de lunette à vision nocturne ?

Comme pour toute invention humaine, l’on va continuellement chercher à améliorer la capacité d’une technologie. Via la physique, la biologie ou la chimie, via l’expérience rapportée par l’utilisateur, et, tout simplement par une capacité de fabrication de pièces qui s’améliore avec l’avènement de technologies connexes.

Dans le cas de la vision nocturne, ce qui a principalement permis l’amélioration c’est :

  • L’amélioration de la photocathode et de sa sensibilité (à travers les générations de tube 2 et 3)

    • Ce sont succédées les photocathode S1, S20, S25 et les photocathodes à l’arséniure de gallium (GaAs) – qui améliore la sensibilité dans la gamme spectrale du visible et du proche infra-rouge
  • L’insertion de la galette de micro-canaux (dès la génération 2)

    • Ce qui va permettre de générer une quantité beaucoup plus conséquente d’électrons (en comparaison à la génération 1) et donc une amélioration de l’amplification et de la qualité du rendu de l’image
    • Sur un tube de génération 3 un film filtrant contre les ions y est apposé (pour protéger la cathode de l’exposition à une source lumineuse indésirable). Cela réduit le nombre d’électrons générés et augmente le halo visible sur les points lumineux. A contrario le film améliore significativement la durée de vie du tube
    • Sur un tube de génération 3 répondant aux normes OMNI-V – VII l’intégration d’un filtre à ion plus fin – amélioration du SNR et de la sensibilité lumineuse – au détriment de la durée de vie
  • La fonction « AUTOGATED » (dès la génération 3)

    • Cette fonction gère de manière extrêmement rapide (de l’ordre de la milliseconde) l’alimentation du tube. Dès l’exposition du tube à une source lumineuse « agressive » l’alimentation sera immédiatement coupée, préservant ainsi le tube et sa durée de vie
  • La résolution (définie par la mesure en paire de ligne par mm)

    • En résumé – et en très succinct – c’est l’amélioration de votre visualisation de la finesse des détails
  • L’amélioration du SNR (Signal Noise Radio)

    • C’est le rapport entre la tension du signal (le signal électrique de votre tube) et celle du bruit qu’il génère. En gros la « neige » (Scintillation)qui apparaît à l’image. La différence entre un tube de génération 1 et 3 est flagrante.

Les différentes générations de tube

Le rendu d’image des différentes générations de tube (le terme « génération 4 » est galvaudé et correspond à la génération 3 normalisée Omni-VII)

rendu d'image des différentes générations de tube

La génération 0

En 1929 le physicien hongrois Kálmán Tihanyi pose le principe de la vision nocturne (au profit de l’armée britannique). Dès 1935 une firme allemande (AEG – qui existe toujours aujourd’hui) développe la technologie de vision nocturne, en parallèle des USA. Durant la seconde guerre mondiale ces deux pays vont utiliser au combat les capacités de la vision nocturne, sur véhicules blindés ainsi que sur armes légères. Les USA vont développer le concept et continuer son utilisation opérationnelle durant la guerre de Corée. La technologie utilisée est active – elle projette un faisceau large d’infra-rouge

La génération 1 (et 1+)

Toujours la plus couramment utilisée à travers le monde aujourd’hui ! Développée durant les années 60 et exploitée durant la guerre du Vietnam par les USA, elle exploite le premier tube « passif » à intensification de lumière avec une photocathode S20 (pour un gain d’intensification d’environ x1000). L’image est claire et offre un contraste correct au centre de l’image, avec une déformation sur les bords et un SNR qui génère des perturbations – de la « neige » – sur le rendu d’image. Les tubes de génération 1 proposés actuellement par les fabricants sont pour la plupart issus des stocks de l’ex union soviétique – ce qui est plutôt positif. La durée de vie de ce tube sera d’environ 4000 heures (plus ou moins) d’utilisation active et son exploitation ne sera possible qu’avec un niveau de lumière résiduelle élevé (lune visible), sauf en cas d’utilisation d’une torche IR en conjonction de la lunette.

Le tube dit de génération « 1+ » n’est rien de plus qu’un tube de génération 1 amélioré pour une offrir une meilleure qualité d’image (Core d’Armasight ou Edge de Pulsar) avec une résolution optimisée.

  • Définition : de 35 à 60 paire de ligne par mm
  • Durée de vie moyenne : environ 4000 heures
  • Photocathode : S20
  • Intensification : environ 1000x – nécessite un niveau de lumière résiduelle élevé
  • Moyenne de tarif : de 150 à 700 euros – en fonction du type de lunette (monoculaire, jumelle, lunette de tir, avec ou sans grossissement…)

La génération 2 (et 2+)

Cette seconde génération introduit le MCP (la galette de micro-canaux) et une photocathode S25, pour un gain d’intensification jusqu’à 20000x, une amélioration significative du SNR, de la résolution (45 paire de ligne par mm au minimum) et de la sensibilité à la luminosité – l’appoint d’une torche IR ne sera plus nécessaire et le niveau de lumière résiduelle devra être beaucoup moins élevé pour un rendu d’image supérieur à la génération 1. L’écran au phosphore peut employer (en fonction de son fabricant) un phosphore qui améliore le contraste de la « couleur » verte et donc un rend un niveau de détail meilleur.

Le tube dit de génération « 2+ » optimise (vraiment) la résolution (avec une moyenne de 60 paire de ligne par mm), le SNR gagne jusqu’à 10 points en comparaison d’un tube de génération 2 et la sensibilité passe à 400-800 µA/lm (pour une sensibilité de 500-600 µA/lm pour la génération 2 et sa photocathode S25). Un tube de génération 2+ avec des composants de qualité se rapproche significativement des tubes de génération 3.

  • Définition : de 45 à 73 paire de ligne par mm
  • Durée de vie moyenne : environ 10000 heures
  • Photocathode : S25
  • Intensification : environ 20000x – nécessite un niveau de lumière résiduelle faible
  • Moyenne de tarif : de 900 à 2500 euros – en fonction du type de lunette (monoculaire, jumelle, lunette de tir, avec ou sans grossissement…)
  • FOM (Figure Of Merite) : de 810 à 2044 (théorique – en réalité plutôt 1800 maximum)

La génération 3 (et 3 normalisée Omni-VII)

L’intégration de la photocathode fabriquée à base d’arséniure de gallium (améliore la sensibilité à la gamme des infra-rouges lointains mais est plus « fragile » que les photocathodes de type S25) et d’un MCP de « seconde génération » recouvert d’un film filtrant (qui protège la cathode des ions) – cela réduit le nombre d’électrons générés et augmente le halo visualisé autour des points lumineux – permet une augmentation de la durée de vie du tube (jusqu’à 20000 h) et une amplification de la lumière résiduelle de 30 à 50000x. La pureté de l’image et le rendu des détails est environ 3x supérieur à un tube de génération 2 mais votre œil ne sera pas sensible à cette optimisation (ou de manière réduite) ; A contrario la sensibilité exceptionnelle à la luminosité vous permet l’utilisation de la lunette dans des conditions de lumière résiduelle très dégradées. La fonction « AUTO GATED » va préserver le tube d’une exposition accidentelle à une illumination agressive et soudaine tout en préservant le rendu de l’image – ce qui sera essentiel pour un opérateur au combat qui, sans l’AUTO GATED pourrait être ébloui par des départs de coup, des explosions, des incendies…

Le tube de génération 3 normalisée par la norme militaire US Omni (niveau VII) améliore principalement le MCP avec un film filtrant plus mince que sur un tube de génération 3 classique (tout en conservant les éléments d’un tube de 3ièm génération). Cette modification – qui ramène la durée de vie du tube à environ 15000 heures – va drastiquement augmenter la définition et le rendu d’image, la résolution et le niveau de contraste. Généralement réservé à un usage militaire, avec un gain d’amplification de 80 à 120000x (théorique – mais ça reste vachement impressionnant).

Il est à noter que certains fabricants proposent des tubes au phosphore P43 qui offre un rendu « noir et blanc » ou encore « bleuté » pour une meilleure vision des contrastes et des détails dans l’image.

Il est à noter qu’en fonction du niveau de normalisation US omni (du niveau II à VII) le film filtrant du MCP rendra une image plus ou moins nette et détaillée. Certains tubes de génération 3 sont proposés sans aucun film (filmless). Le rendu de l’image est nettement amélioré mais la durée de vie du tube est évidemment raccourcie. 

  • Définition : de 57 à 73 paire de ligne par mm
  • Durée de vie moyenne : De 20000 à 15000 heures
  • Photocathode : arséniure de gallium
  • Intensification : de 30 à 120000x (très théorique) – nécessite un niveau de lumière résiduelle très faible
  • Moyenne de tarif : de 2300 à 6000 euros – en fonction du type de lunette (monoculaire, jumelle, lunette de tir, avec ou sans grossissement…) et des composants utilisés
  • FOM (Figure Of Merite) : de 1400 à supérieur à 2000

POUR LE MONTAGE SUR ARME, IL FAUDRA FAIRE LE CHOIX D’UNE LUNETTE QUI EMBARQUE UN TUBE CAPABLE DE RÉSISTER AU RECUL DU CALIBRE DE L’ARME DE DESTINATION – CECI AFIN DE PRÉSERVER LA DURÉE DE VIE DU TUBE ET LE RENDU D’IMAGE. EN CAS DE DOUTE CONTACTEZ NOUS.

Le cas particulier de la vision nocturne numérique

Une technologie identique à celle utilisée dans votre appareil photo, vos caméras de surveillance numériques, votre webcam ou votre caméra numérique : un CCD ou CMOS modifiés pour être sensibles non pas au spectre visible mais au spectre des infra-rouges et convertit en un signal numérique. Le signal numérique est amplifié puis transmis à l’écran LCD où vous visualisez l’image. L’absence d’un écran au phosphore va supprimer le rendu noir et vert pour rendre une image en noir et blanc.

Comme un tube de génération 1, une lunette de vision nocturne numérique ne peut qu’amplifier la lumière résiduelle, sans l’intégration d’un MCP. De fait il vous faudra soit une lumière résiduelle conséquente (pleine lune…) soit (comme une caméra de sécurité par exemple) des diodes IR, soit une torche IR. Il est essentiel de noter que toute émission d’infra-rouges est détectable. C’est con d’être un sniper abattu à cause de ce genre d’erreurs.

L’amplification sera identique (voir supérieure) à un tube de génération « 1+ » (soit 1000x) avec un rendu d’image meilleur – notamment de par l’absence de distorsion sur les bords de celle-ci.

Son avantage le plus décisif c’est qu’évidemment les contraintes liées aux tubes disparaissent. Vous pouvez utiliser la lunette de jour sans aucun risque, ni pour vos yeux, ni pour l’appareil. Il sera de même beaucoup plus simple d’exploiter tous les avantages d’un appareil numérique (enregistrement d’images ou de vidéos, intégration d’un télémètre, d’un baromètre…).

Ce type de produit sera parfait pour un usage de « loisir » ou de sécurisation de zone en niveau de vigilance « bas » et au combat en basse intensité. IL SERA A ÉVITER AU COMBAT FACE À DES SOLDATS PROFESSIONNELS ET ÉQUIPÉS.

CE QU’IL FAUT RETENIR POUR CHOISIR SA LUNETTE DE VISION NOCTURNE :

  • De la simple logique : l’investissement effectué doit être en rapport avec la ou les missions à venir
  • Chaque tube a une durée de vie – une utilisation professionnelle devra donc intégrer un seuil de renouvellement des appareils
  • Autant que possible essayer de sélectionner une lunette qui soit polyvalente (utilisable à la main, qui se monte sur un casque ET sur une arme par exemple) – sauf pour les utilisations très spécifiques (sniper…)
  • Déterminer la qualité globale d’une lunette grâce à son FOM (Figure Of Merite) – reportez vous au glossaire ci dessous pour en comprendre la formule

GLOSSAIRE « VISION NOCTURNE »

  • Automatic Brightness Control (ABC) :

Contrôle automatique de la luminosité (permet la modulation de la tension transmise sur le MCP en fonction de l’intensité de la luminosité résiduelle).

  • Auto Gating (ATG) :

Permet le contrôle de la tension transmise à la photocathode (et d’en réduire ou d’en couper le cycle) lors d’une exposition à une luminosité agressive (tir de nuit, incendie, éclairs, éclairage public, halo dégagé par des zones urbaines…). Cette fonctionne préserve votre vision des détails en ambiance lumineuse intense et sécurise la photocathode (qui pourrait être durablement dégradée sans cette fonction). Utile, voir indispensable, pour les pilotes d’aéronefs – surtout en altitude basse – les forces spéciales et les interventions en zone urbaine.

  • lp / mm (paires de lignes par millimètre):

Unité utilisée pour mesurer la résolution de l’intensificateur d’image. Généralement déterminé à partir d’une cible de test de puissance de résolution de l’armée de l’air américaine de 1951. La cible est une série de motifs de tailles différentes composés de trois lignes horizontales et de trois lignes verticales. Un utilisateur doit pouvoir distinguer toutes les lignes horizontales et verticales et les espaces entre elles.

  • Scintillation :

Effet aléatoire et brillant dans toute la zone de l’image. La scintillation, parfois appelée « bruit vidéo », est une caractéristique normale des intensificateurs d’image à plaque à micro-canaux et est plus prononcée dans des conditions de faible luminosité.

  • Rapport signal sur bruit (SNR):

Ratio entre l’amplitude du signal et l’amplitude du bruit. Si le bruit (voir la définition de « scintillation ») est aussi brillant et grand que l’image intensifiée, vous ne pouvez pas voir l’image. Le rapport signal / bruit change avec le niveau de lumière car le bruit reste constant mais le signal augmente (niveaux de lumière plus élevés). Plus le rapport SNR est élevé, plus le périphérique fonctionne de manière optimale dans un environnement « sombre » – avec une lumière résiduelle faible quoi.

  • μA / lm (Microampères par Lumen):

Mesure du courant électrique (μA) produit par une photocathode lorsqu’elle est exposée à une quantité de lumière mesurée (lumens).

  • Résolution :

La capacité d’un intensificateur d’image ou d’un système de vision nocturne à distinguer les détails de votre environnement. La résolution du tube intensificateur d’image est mesurée en paires de lignes par millimètre (lp / mm) tandis que la résolution du système est mesurée en cycles par milliradian. Pour tout système de vision nocturne avec un grossissement de 1, la résolution du tube restera constante alors que la résolution d’une autre lunette peut être affectée en modifiant le focus et le grossissement de l’oculaire et en ajoutant des filtres d’agrandissement ou des lentilles « relais ». Souvent, la résolution dans le même dispositif de vision nocturne est très différente lorsqu’elle est mesurée au centre de l’image et à la périphérie de l’image. Ceci est particulièrement important pour les appareils sélectionnés pour la photographie ou la vidéo où la résolution de l’image entière est importante.

  • MCP (Microchannel Plate):

La fameuse « galette » de micro-canaux qui multiplie les électrons produits par la photocathode. Un MCP ne se trouve que dans les systèmes de Gen 2 et Gen 3. Les MCP éliminent les caractéristiques de distorsion des systèmes Gen 0 et Gen 1. Le nombre de « trous » (micro-canaux) dans un MCP est un facteur majeur dans la détermination de la résolution.

  • Figure of Merit (FOM):

Si il y a un seul élément à retenir de cet article de blog c’est celui la ! La FOM se détermine comme suit : résolution (paires de lignes par millimètre) x signal sur bruit. C’est sur ce critère que vous déterminerez la « qualité » du tube de votre lunette.

Comme toujours, restez en sécurité & soyez bénis !

SE BATTRE SUR SON TERRITOIRE – FORMATION MILITAIRE DE BASE / 3 – PART1

Guerre d’Espagne, Guerre de décolonisation (dont l’Algérie fut la plus marquante, pour nous français), Liban, (ex) Yougoslavie, Tchétchénie, Syrie, Ukraine…Nous disposons d’une base documentaire riche et détaillée pour analyser les mécaniques d’une guerre civile, de ses prémices à la confrontation armée. Nous allons volontairement écarter de cet article les guerres de décolonisation (l’on s’y intéressera au chapitre « renseignement et pénétration des structures »), et se concentrer sur les retours d’expérience de protagonistes (peu importe le camp, l’essentiel étant le « vécu » et la méthodologie utilisée pour surmonter ou contourner tel ou tel problème). Toutes les guerres civiles ne se ressemblent pas, mais toutes ont un ou plusieurs points communs quand aux étapes qui conduisent à un effondrement de la normalité sur tout ou partie du territoire national – sans que ne soit abordé la ou les causes qui amènent le conflit :

 

  • Une pénurie rapide des produits de première nécessité (médicaments, eau, nourriture, carburant…) – surtout dans les grands centres urbains en ce qui concerne l’eau et la nourriture
  • La mise en œuvre quasi immédiate d’un marché « noir » – conséquence directe de la pénurie
  • L’augmentation significative de la prédation, notamment des faits de viol
  • L’augmentation significative de la mortalité – hors faits de guerre ou de prédation – des plus faibles (en gros les nourrissons, les enfants, les vieillards et les malades) avec comme causes principales l’absence de nourriture, de soins, de chauffage ou des compétences de personnels médicaux
  • L’effondrement progressif et constant des structures étatiques ou de service (police, service de maintenance des fluides, communication, chaine logistique d’approvisionnement, secours…)
  • La prise de contrôle de zones (de territoires) définis par des groupes qui vont y développer la prédation pour y assoir une forme de « pouvoir » – sur la même base qu’un fief au moyen âge
  • La résurgence, pêle-mêle, du fait religieux, des affrontements communautaires ou intra-communautaires, et de milices, plus ou moins constituées, plus ou moins hiérarchisées et plus ou moins…alcoolisées.
  • La résurgence d’infections et de maladies jusqu’alors maitrisées ou quasi inconnues dans la zone de conflit – de par des conditions sanitaires et de structures de soins très dégradées.

Le témoignage édifiant (je vous invite à le lire attentivement) d’un inconnu durant la guerre civile d’ex-Yougoslavie, vivant en zone urbaine (merci au blog « le survivaliste »).

On constate qu’en phase de « déclenchement », alors même que l’affrontement ouvert a débuté, les belligérants ne disposent pas de moyens de combat conséquents. Peu d’armes (et encore moins de munitions), des moyens de communication restreints (avec notamment la « coupure » des réseaux de téléphonie mobile et d’internet) et l’impossibilité d’identifier le « camp » de chaque participant. Le passage d’une société civile constituée en un ensemble de clans (familles, groupes de familles ou d’amis) qui tentent de survivre en vase clos et par leurs moyens propres est lui aussi frappant. Dans cette phase ou les réseaux logistiques s’effondrent et ou la capacité industrielle est très réduite, la situation – particulièrement en zone urbaine, très dépendante de sa chaine d’approvisionnement – sera très difficile pour les civils (des civils amenés à devenir des combattants), et les pertes humaines seront conséquentes, surtout pour les populations déjà fragilisées (les gens âgées, les nourrissons, les plus pauvres, les malades chroniques…). IL EST DONC ESSENTIEL – ET DE LA RESPONSABILITÉ DE CHACUN – DE DISPOSER DE RÉSERVES ET DE CACHES POUR LES STOCKER ET LES PRÉSERVER.

Assez rapidement (en quelques semaines), des réseaux d’approvisionnement – criminels ou non – viennent alimenter en moyens de combat (armes légères, munitions, optiques mais aussi moyens plus lourds) les différentes factions combattantes, via soit des zones identifiées qui permettent la connexion avec des frontières (par voie de mer, par route ou par avion), soit via un pillage systématique des stocks présents sur le territoire. Outre les moyens de combats  (du vieux talkie-walkie aux munitions assemblées par des tireurs sportifs, matériels de contre-bande…), le marché parallèle va proposer – avec évidemment une inflation très élevée – les produits de première nécessité (médicaments, nourriture, eau en bouteille, carburant, matériel médical, bois de chauffage), avec pour monnaie d’échange non pas la monnaie nationale mais soit les monnaies de réserves habituelles (dollars, euro…) soit par l’instauration du troc, soit les métaux précieux (cuivre, or & argent).

Il faut donc mettre en œuvre (c’est  logique mais ça va mieux en le disant) six éléments AVANT d’être confronté à ce type de situation – IL EST À NOTER QUE DU PREMIER POINT DÉCOULENT TOUS LES AUTRES :

  1. Définir des objectifs stratégiques généraux (on va en faire un acronyme pour simplifier : les OSG). Que désirez vous en considérant – et en ayant une vision PRAGMATIQUE qui ce passe d’émotions et de considérations idéologiques mais se base EXCLUSIVEMENT SUR LE RÉEL – votre situation ? Votre position de combattant par définition faible, peu équipé et peu entrainé (En deux mots vous êtes un peigne cul avec la bite, le couteau, et la responsabilité d’un groupe plus ou moins important) doit vous amener à une stratégie simple : préserver la vie des vôtres par tous les moyens. Pour l’instant, et à défaut d’une évolution positive de votre situation c’est votre ligne de conduite sous tous les aspects qui permettent la survie. C’est votre seul et unique OSG. Dans un second temps, et si vous êtes toujours vivant, il sera temps d’envisager une stabilisation, puis une amélioration (géographique, de sociabilisation et de production) de votre situation. Cet objectif de survie est aussi une prise de conscience  : VOUS N’ÊTES PAS UN SOLDAT, intégré dans un ensemble structuré, mais un « chef de clan », un « guerrier », livré à vous même dans un environnement hostile. Vos décisions feront la différence entre la vie et la mort de vos femmes, de vos enfants et, plus généralement, de votre « monde ».
  1. Réunir autour de vous les ressources humaines (les compétences de manière générale) nécessaires au succès de votre objectif, en prenant en compte les affinités humaines (évidemment) et un besoin essentiel : le médical. Avoir avec vous un médecin, ou, à défaut, un infirmier, est extrêmement précieux – d’une part parce qu’il pourra apporter des soins – d’urgences ou plus classiques – et d’autre part parce qu’il pourra former d’autres membres du groupe aux soins à apporter en cas d’urgence. De même il pourra définir un protocole d’hygiène dans des conditions de vie forcément propices aux maladies et à leur transmission au sein du groupe, définir le besoin logistique (médicament, produits de secours et de conditionnement d’un blessé…) et assurer un contrôle sanitaire – le plus strict possible – sur les réserves de nourriture et d’eau. Outre le médecin, chaque homme (et femme), et mis à part le statut de combattant – idéalement tous les membres du groupe doivent être en mesure d’utiliser une arme et de participer activement au combat – dispose d’une compétence (électricien, paysan, mécanicien…) qui lui est propre. VOUS N’AVEZ PAS BESOIN d’un consultant ou d’un « expert » fumeux, mais des savoirs-faire qui assurent la survie et le confort de tous ainsi que de la « supériorité » technique sur l’ennemi (autant que faire se peut) dans votre environnement. Les compétences et les savoirs faire doivent être partagés au maximum pour une meilleure polyvalence des hommes – un paysan combattant a plus de valeur qu’un animateur de télé peureux.
  1. Une préparation mentale, physique et technique. Évidemment cette préparation doit se faire selon les modules standards de toutes les armées du monde – il vous suffit de vous rendre sur internet pour avoir accès à une base documentaire très étoffée (en Anglais, Français, Russe…) de tous les aspects d’une formation militaire de qualité, du plus basique au plus technique. Pour les francophones il existe un ensemble de documents dédiés (bien pensés, bien conçus, et assez régulièrement mis à jour) rédigés par les différents états-majors et services de l’armée française :
    1. Le TTA (sympathique acronyme pour Technique Toutes Armes – arme s’entend comme la spécificité technique d’un combattant, infanterie, cavalerie, génie…) constitué d’un ensemble de fascicules, planches et tomes (il en existe plusieurs dizaines, que je ne cite pas ici mais que vous trouverez plus ou moins facilement sur internet) pour décrire TOUS les aspects de la « vie militaire » de la discipline au combat NRBC. L’ensemble des TTA représente un volume trop important – et parfois sans intérêt pour le cas du combattant civil – mais l’on va retenir :
      1. Le TTA 150 (qui fait 21 tomes…) et qui à l’avantage de décrire par le menu l’instruction militaire générale, les savoirs faire et les compétences du sous officier. Je vous les propose ici (sauf le TITRE XXI intitulé « Outre-mer et Etranger »), dans la version de 2001 (et pour certains tomes antérieure à 2001). Il existe une version « mise à jour » de 2006 et 2012 – peut être même plus récente, je la mettrait à disposition dès que possible.
        1. TTA150 TITRE 1 – CONNAISSANCES MILITAIRES GÉNÉRALES
        2. TTA150 TITRE 2 – LE COMMANDEMENT DANS LA VIE QUOTIDIENNE
        3. TTA150 TITRE 3 – RÔLE DU FORMATEUR
        4. TTA150 TITRE 4 – COMBAT PROTERRE EN MILIEU OUVERT (VERSION 2012)
        5. TTA150 TITRE 5 – SERVICE EN CAMPAGNE
        6. TTA150 TITRE 6 – RENSEIGNEMENT
        7. TTA150 TITRE 7 – TIR ET INSTRUCTION DU TIR
        8. TTA150 TITRE 8 – TRANSMISSIONS
        9. TTA150 TITRE 9 – TOPOGRAPHIE ET OBSERVATION
        10. TTA150 TITRE 10 – MINES ET EXPLOSIFS
        11. TTA150 TITRE 11 – ORGANISATION DU TERRAIN – DISSIMULATION
        12. TTA150 TITRE 12 – DÉFENSE NRBC
        13. TTA150 TITRE 13 – HYGIÈNE ET PREMIERS SECOURS
        14. TTA150 TITRE 14 – ENTRAINEMENT PHYSIQUE MILITAIRE ET SPORTIF
        15. TTA150 TITRE 15 – CONNAISSANCE ET ENTRETIEN DE L’ARMEMENT
        16. TTA150 TITRE 16 – CONNAISSANCE ET ENTRETIEN DES MATÉRIELS DE TRANSMISSION
        17. TTA150 TITRE 17 – CONNAISSANCE ET ENTRETIEN DES MATÉRIELS DIVERS
        18. TTA150 TITRE 18 – MAINTENANCE ET MISE EN ŒUVRES DES MATÉRIELS AUTOMOBILES
        19. TTA150 TITRE 19 – PRÉVENTION ET LUTTE CONTRE L’INCENDIE
        20. TTA150 TITRE 20 – CORRESPONDANCE MILITAIRE
      2. Le TTA 117 (Instructions Provisoires de l’Emploi de l’Arme Psychologique), propagande et contre-propagande, utilisation de la psychologie sur le territoire national et en temps de guerre…Bref un petit manuel pour « infecter » l’esprit de l’ennemi, soutenir le moral des vôtres et orienter l’état d’esprit des alliés ou de ceux qui sont « neutres ». Disponible ici.
    2. Les fascicules DIA (Doctrine Inter-Armées), CIA (Concepts Inter-Armées) ou encore les PIA (Publications Inter-Armées). Ces fascicules précisent un ensemble de points techniques, présentent des points de vues tactiques ou encore déterminent des protocoles quand à la lutte NRBC, le maintien de l’ordre…Vous les trouverez sur internet – je vous en propose un édité par le CICDE : CPM n°51, la force armée et la ville
  1. Une logistique dédiée (tous les matériaux et denrées nécessaires au combat et à la survie) et pensée en fonction de :
    1. La taille de votre groupe (en y intégrant les populations les plus fragiles du groupes, les anciens, les tout petits, les malades et en prenant en compte les différences physiologiques entre hommes et femmes).
    2. Le type de zone dans laquelle vous évoluez (zone urbaine, péri-urbaine, campagne…) et ses spécificités géographiques (mer, montagne, plaine…).
    3. Votre capacité à vous ré-approvisionner ou au contraire vos contraintes liées aux pénuries (notamment les munitions, le carburant, les piles et batteries, l’électricité, la nourriture et l’eau potable) – avoir à l’esprit que les pénuries réduisent immanquablement votre capacité au mouvement et à l’action.
    4. La prise en compte de risques spécifiques (NRBC, accidents industriels ou attentats qui déclenche une pollution de grande ampleur…). Même si vous ne disposerez pas du budget nécessaire pour faire face à ce type de menaces, vous pouvez acheter des éléments simples (pour confiner un espace, pour filtrer l’air ambiant…)
    5. Le besoin ABSOLU d’être mobile. Voiture, bus, vélo…Soyez en mesure de bouger le plus vite et le plus discrètement possible en fonction de la situation ou de la mission à accomplir.
  1. Un réseau de communication qui peut se passer des antennes des réseaux GSM, 3, 4 et 5G ou de la VOIP : un réseau qui emprunte les gammes de fréquences HF, VHF ou UHF – en fonction des distances de communication. Ce type de réseau nécessite de l’énergie (potentiellement sur batteries et qui passera par un transformateur), une ou des antennes – en fonction de la bande de fréquences utilisée et de la portée de votre réseau et bien entendu des postes radios (intégrés dans des véhicules, sur une base d’opération, sur un poste de commandement, portatif comme un talkie-walkie…). Pour une sécurité des communications optimale, vous avez deux options : soit vous disposez d’un budget conséquent (j’entends très conséquent) et vous faites l’acquisition d’un module de brouillage qui va chiffrer vos échanges, soit vous développez en interne un code de chiffrage – c’est fastidieux, complexe et…gratuit ! Vous pouvez vous servir du carré de Vigenère, de Polybe ou d’une autre méthode de chiffrage facilement trouvable sur internet.
  1. Une base d’opération (les survivalistes l’appellent une BAD  – Base Autonome Durable) depuis laquelle vous pourrez prendre du repos, apporter un sentiment de sécurité, vous restaurer…bref toutes les activités humaines « normales », avec des espaces dédiés aux enfants, aux blessés…Pensez votre base d’opération comme un château fort du moyen-age : très bien défendu, pourvu de réserves en abondances, facilement contrôlable et, le cas échéant, avec une possibilité de fuite si la situation était trop dégradée. Par essence toute base d’opération est vulnérable (c’est la que seront concentrés les enfants, les vieux, une bonne partie de vos réserves et capacités de production). Il faut donc AVANT TOUT penser à la défense du périmètre, par TOUS LES MOYENS. L’emplacement choisi pour cette base d’opération est essentiel. Idéalement en hauteur, avec une bonne vision de la zone alentours, un approvisionnement en eau facile (rivière, point d’eau…) et des « défenses naturelles » – zone de montagne, falaises…Bref pensez « château fort » autant que faire se peu.

La seule structure étatique qui semble presque toujours conserver une capacité de coordination et de centralisation c’est l’armée nationale. Ce qui semble logique puisque c’est la seule structure qui, par essence, dispose des moyens et d’effectifs formés dans le but d’intervenir la ou la « normalité » n’a plus cours. La cohérence de l’armée n’indique pas que celle ci va agir dans un sens ou dans un autre, ni même que toutes ses composantes vont œuvrer à un but unique et identifié, mais bel et bien qu’elle dispose des ressources à même de protéger ses membres, ses emprises et une forme ou une autre d’organisation.

L’armée nationale, qui sera soit un « arbitre » entres les différentes factions, soit un acteur majeur d’une faction bien identifiée – le gouvernement en place par exemple – va devoir faire évoluer ses modes opératoires « classiques » vers des méthodes « contre-insurrectionnelles », qui peuvent inclure des méthodes de police, et obligatoirement l’adaptation de ses processus face à un ennemi difficilement identifiable (le renseignement est LA CLÉ pour réduire un ennemi qui évolue « comme un poisson dans l’eau » au sein de la société civile – petite référence à l’un de nos grands ennemis, le Général Giap). Il est à noter que des éléments qui auraient fait défection (avec armes et matériel) peuvent – de par la supériorité logistique – décider de prendre parti pour une faction ou une autre, de s’accaparer une zone ou tout simplement d’imposer une foi (des éléments mahométans par exemple…) dans une zone donnée du territoire.

Un petit article intitulé « l’armée face à la ville » par Jean-Louis Dufour, ancien officier. En fin d’article il aborde la particularité des systèmes d’armes adaptés à la zone urbaine : le robot – par extension les drones.

Les récents conflits de Tchétchénie et du moyen orient (Irak, Syrie, Lybie) – tous deux liés à la résurgence de l’islam (et à des phénomènes connexes, notamment claniques – inutile de revenir sur les financements et l’aide apportés aux organisations islamiques ou autres sympathiques milices par certains états) – ont montrés que l’asymétrie des moyens n’est pas gage de victoire pour le camp qui dispose de la plus grande force, principalement à cause (ou grâce) aux zones urbaines à forte densité. Chaque immeuble, chaque réseau sous terrain (réseau ferroviaire, métro, parkings…) sont des forts. Chaque parking ouvert, chaque avenue ou chaque rue sont des zones de tir mortelles (voir la Sniper alley durant le siège de Sarajevo – la rue Zmaja od Bosne et l’avenue Meša Selimović).

Évidemment, chaque situation – par essence évolutive – nécessitera une réponse adaptée à vos moyens propres (vous n’êtes pas une armée constituée, vous ne disposez pas d’une chaine logistique et votre niveau technique est faible – du moins au début des hostilités)

A titre informel deux documents édifiants :

La théorie « à la française » de lutte contre une insurrection armée sur le sol national (mais plus tard employée par l’armée américaine, la CIA et certains régimes sud-américains ou africains), tirée des expériences que furent les conflits de décolonisation de l’Indochine et d’Algérie, fut proposée par le Colonel Roger Trinquier dans son ouvrage « la guerre moderne » – le bouquin est disponible ici (lisible mais de qualité médiocre).

D’autres officiers français – la plupart ayant écrit suite à leur expérience en indochine ou en algérie (David Galula – contre insurrection théorie et pratique & Marcel Bigeard – le manuel de l’officier de renseignement)

Cette théorisation, parfaitement adaptée à son époque, nécessiterait aujourd’hui la prise en compte de facteurs essentiels à la conduite d’opérations au XXI ièm siècle, comme :

  • La judiciarisation des opérations militaires (même si vous n’êtes pas considéré comme un soldat au sens des conventions de Genève, le risque est élevé – pendant le temps ou une structure juridique et institutionnelle continue à exister sur le territoire ou vous vous battez, ou après le conflit si des instances supra-étatiques (l’Onu…) décident des poursuites – au niveau national comme international
  • L’évolution du sens éthique et de l’importance accordée à l’individu, sentiment qui sera INVARIABLEMENT utilisé par vos ennemis à fin de propagande à destination des médias et des opinions publiques (particulièrement si le conflit est lié à une communautarisation ethnique ou religieuse)
  • Les voies de communication et la fluidité du transfert de l’information – réseaux sociaux, possibilité de filmer ou de prendre des photos avec un simple téléphone et de transmettre les fichiers crées en quelques secondes, dans le monde entier

 

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE DE L’ARTICLE

Médecine au contact en zone urbaine & Initiation à la balistique lésionnelle

Un premier article qui réuni les réflexions de trois médecins militaires Français sur l’organisation générale de la médecine du champ de bataille (spécifique à la zone urbaine), à la chaine de prise en charge, aux délais de traitement…L »on retrouve (logiquement) la doctrine d’emploi des forces françaises, éclairée par les RETEX du conflit tchétchène et irakien.

Quel moyens affecter à l’équipe médicale au contact direct de l’ennemi ? Quelle formation mettre en œuvre pour le fantassin ? Quel délais respecter pour réduire les pertes ? Comment assurer la priorisation des communications sur le réseau ? Autant de points abordés de manière concise, claire, et surtout ADAPTABLE à l’articulation du support médical d’une milice citoyenne.

La mise en œuvre de ce type de schéma opérationnel va nécessiter :

  • L’acceptation du fait que vous aurez des pertes
  • Un schéma de formation sur toute la chaine des combattants
  • Des moyens en adéquation avec le volume de vos forces
  • Une organisation globale ET décentralisée de vos opérations

Un second article (technique) qui propose une initiation à la balistique lésionnelle (pour faire simple que ce passe t il lorsqu’un projectile touche et pénètre les tissus). Comment se comporte une balle une fois sortie du canon ? Que ce passe t il lors de la pénétration – en fonction du type de projectile ?

Une revue des lois physiques (et immuables jusqu’à preuve du contraire) qui déterminent les interactions entre deux corps (la balle et le corps en l’occurrence) et un ensemble de visuels qui  mettent en perspective la demonstration de l’auteur.

Bonne lecture !

Psychologie du combattant ou la préparation à la confrontation

Comment votre cerveau réagit il face à l’agression ? Quels mécanismes vous amènent à « laisser tomber » ou plutôt à engager la confrontation ? Quel est le poids de votre culture (ou de votre morale si vous préférez) et de votre sociabilité ? En deux mots, êtes vous prêt à donner la mort ou à prendre le risque de perdre la votre !
Je vous propose ici un excellent article (en deux parties), rédigé par un auteur inconnu mais dont les sources et l’expertise sont annoncés à la fin du document. Je rappelle que TOUS les articles sont librement téléchargeables, exploitables et transmissibles. Inutile de ce priver quoi, c’est fait pour ça !

Je précise de même que le schéma agresseur/agressé (tel que présenté ici) englobe l’agression « de base » telle qu’elle se pratique tous les jours en centre-ville – donnes ton portable, pourquoi tu me regardes…ET la confrontation directe entre deux groupes armés, constitués, formés et en situation de conflit ouvert (deux sections d’infanterie qui se feraient face).

Sont abordés dans cet article (principalement) les points suivants :
  • L’importance primordiale d’adjoindre à la préparation technique une préparation psychologique
  • Les différents états de l’esprit humain face à l’agression
  • Le cycle décisionnel OODA
  • De l’avantage du cycle décisionnel de l’agresseur
  • Anticipation ou la conscience de son espace
  • Pourquoi le mental défini votre capacité à survivre
  • Le stress et ses conséquences physiologiques
  • Le stress post-traumatique

Évidemment l’auteur essaie de vulgariser au mieux une problématique complexe, qui mêle votre expérience personnelle, votre morale, votre degré d’entrainement et votre environnement quotidien. IL EST NÉANMOINS ESSENTIEL DE COMPRENDRE QUE quel que soit votre degré de préparation, SEULE UNE CONFRONTATION RÉELLE (et qui n’est pas, par nature, souhaitable) vous positionnera dans un état psychologique de stress intense (comme certains policiers ou les militaires en opération peuvent l’être). C’est à ce moment précis qu’il faudra vous souvenir de votre entrainement et du savoir acquis. Ce ne sera pas suffisant, mais c’est mieux que pas de préparation du tout.

 

La première partie de l’article (cliquez)

La seconde partie de l’article (cliquez)

Symboles, signes conventionnels et abréviations standardisées des Armées OTAN

Comment une armée constituée fait elle pour organiser ses unités terrestres, diffuser les positions des troupes (ou type de troupes) aux différents décideurs sur le terrain , désigner sur la carte une unité hostile ou non identifiée ou assurer le bon aiguillage des mouvements aux régiments de train ? Elle utilise une liste de symboles, signes et abréviations standardisées, identique pour (à ce jour) toutes les troupes de l’OTAN.

Ce protocole, désigné sous l’appellation APP-6D (dernière version en date) – signes conventionnels représentant les systèmes terrestres –  est destinée à assurer l’interopérabilité avec :

  • Les troupes des pays amis (qui répondent au même principe organisationnel)
  • Entre ses propres troupes – pour optimiser la cohérence et la fluidité des ordres sur toute la chaine de commandement

Et à designer :

  • Le type, le volume et la position d’une unité ennemie, neutre ou inconnue
  • L’espace ou se déroule les opérations (air, terre, mer, sous la mer)
  • La chaine hiérarchique et le type d’unité engagée
  • Les mouvements, actuels ou à venir

L’idée générale est donc de pouvoir intégrer (soit via un système numérique, soit à la main) sur une carte l’ensemble des forces en présence, la typologie de ses forces, leur appartenance, la hiérarchie et l’espace dans lequel elles évoluent – du groupe d’armées à l’escouade. Évidemment (et c’est sans doute le plus important), l’état (est ce que l’unité sur la carte est indiquée à une positon actuelle, planifiée ou « en route »?) est indiqué sur chaque symbole (trait plein ou tirets) ainsi que la direction prise.

En France, l’application du APP-6D (et de ses versions antérieures) est définie par le TTA 106 « Terminologie et Symbologie Militaire » (chaque pays membre de l’OTAN disposant d’un protocole cadre qui reprend les éléments du APP-6D dans sa langue).

Vous pouvez trouver le APP-6C (le D n’est pas disponible en ligne) ICI

Vous pouvez trouver un extrait (les symboles, les abréviations et les signes) ICI

L’application EASY SYMBOL (libre et en français) pour générer, éditer et modifier vos symboles – SELON LA NORME US MIL-STD-2525C OU SELON LA NORME DU PAYS DÉSIRÉ, EN CLIQUANT SUR LE LIEN SUIVANT :

  • https://www.symbol.army/about/fr.html

Vous pouvez lire l’excellent article de Wikipédia sur le sujet en cliquant sur le lien suivant :

  • https://fr.wikipedia.org/wiki/APP-6A

Un exemple d’utilisation de la symbologie militaire (Guerre du Kippour – 1973)

Guerre du Kippour 1973 Symbologie militaire appliquée

 A PRIORI PAS D’APPLICATIONS POUR LA CONSTITUTION D’UNE MILICE DE CITOYEN. ET POURTANT, SI L’ON SE BASE SUR LA MÊME SYMBOLOGIE POUR IDENTIFIER SES MOYENS PROPRES, L’ARTICULATION DES UNITÉS EN OPÉRATION (MÊME SI IL S’AGIT D’UN BINÔME) ET LES CAPACITÉS ENNEMIES…LA CAPACITÉ DE PLANIFICATION ET DE CHOIX DES ACTIONS EST BIEN MEILLEURE !

 

Restez forts, soyez bénis !

Combat au Couteau – Principes de base

Votre corps est une machine. Une machine constituée de chair, d’os, des organes qui permettent de la faire fonctionner, d’un système d’alimentation pour le « nourrir » – le système sanguin – et d’un système de transmission pour coordonner le tout depuis le cerveau (le système nerveux). Bien sur c’est schématique (n’importe quel médecin présenterait le corps de manière plus approfondie), mais ça va permettre de poser un postulat de base : toute atteinte importante à cette machine complexe met en péril sa capacité à fonctionner, voir l’empêche de continuer et peut entrainer la mort. L’être humain, en tant que plus grand prédateur que porte notre planète est parfaitement conscient de cette fragilité et n’a jamais manqué d’imagination pour développer un moyen d’attaquer ou de se défendre, depuis la bonne vieille massue jusqu’au missile inter-continental. Mais il y a UNE arme qui a traversé les époques, les modes, les évolutions technologiques sans jamais perdre son utilité au yeux de notre espèce : LE COUTEAU. Sous des formes diverses, épées, dagues, poignards, couteau pliant, du silex aux derniers aciers carbonés, il est utilisé partout et reste un outil de défense indispensable (on abordera la cueillette des champignons et la découpe des sushis un autre jour hein?) et mortel – dans une situation de combat de corps à corps.

Pour s’en persuader il suffit d’utiliser son couteau de cuisine pour découper son steak ou n’importe quelle pièce de viande. Vous avez constaté à quel point un couteau aiguisé tranche net ? Il vous suffit d’imaginer qu’un corps humain est constitué de la même structure pour comprendre immédiatement à quel point un couteau pensé et destiné au combat est une arme terrifiante. Terrifiante pour celui qui est en face, mais surtout pour vous si vous ne savez pas l’utiliser !

Un couteau ça fait vraiment des dégâts ? (allez directement à 1m07s) :

 Vous avez compris le principe ? Parfait ! En deux mots : vous ne sortirez pas indemne d’un combat au couteau. Que vous soyez adepte des arts martiaux, que vous fassiez 2 mètres et 100 kg, si votre (ou vos) adversaire vous touche avec une lame (MÊME SI LE COUP N’EST PAS PORTÉ AVEC BEAUCOUP DE PUISSANCE) vous serez immédiatement blessé, potentiellement très gravement.

Quelques statistiques (Professeur Boxho – institut de médecine légale de Liège) :

  • 30% des personnes ayant subi une attaque au couteau décèdent (contre 10% pour celles touchées par balle)
  • 80% des personnes touchées par un couteau (d’estoc donc) ne s’en sont pas aperçues de suite – elles ont pensé à un simple coup de poing – c’est la présence de sang qui donne l’alerte

Les personnes armées au quotidien (avec une arme de poing ou un fusil – policiers et militaires) estiment que la distance de sécurité à respecter avec le porteur d’un couteau avant de l’abattre est de 25 mètres. Pourquoi ? Parce l’inertie d’un corps humain en mouvement (d’un homme de 70Kg par exemple ) sera suffisante pour vous atteindre, même si touché par balle.

 Maintenant qu’il est bien compris que se battre à mains nues face à un adversaire armé d’un couteau est tout simplement du suicide, il s’agit de choisir le couteau idéal pour vous accompagner au quotidien, pour servir à votre défense mais pas que (préparer un sandwich, bricoler la cabane des enfants…). Il doit présenter plusieurs avantages :

  • Être facilement transportable sans risques pour vous
  • La poignée de votre couteau est adaptée à la morphologie de votre main (sa taille est la même que la largeur de vos quatre doigts réunis)
  • La lame est (idéalement mais on fait toujours avec ce qu’on a) adaptée à votre style de combat (Bowie, Karambit…)
  • Évidemment il est entretenu et aiguisé !

Une fois le couteau de vos rêves choisi et (je ne vais pas disserter sur le sujet mais ça a son importance) que vous aurez fait la démarche psychologique pour vous permettre de le porter au quotidien, il faudra IMPÉRATIVEMENT apprendre les mouvements de base pour vous familiariser avec la sensation du couteau dans votre main et éviter de vous blesser ou de blesser involontairement quelqu’un :

  • Dégainer/Rengainer
  • Ouverture/Fermeture (dans le cas d’un couteau pliant)

Pour commencer à vous entrainer, une méthode sans risque et efficace consiste à utiliser un feutre (à la place du couteau) face à un adversaire équipé lui aussi d’un feutre d’une autre couleur). Après un échange de coups comptez le nombre de marques sur vos corps respectifs…et vous comprendrez vite que c’est loin d’être gagné !

Il n’existe pas de manière « correcte » de brandir un couteau, sauf la votre. Il faudra trouver la position qui vous est naturellement familière, la ou vous êtes le plus à l’aise. A contrario BIEN TENIR votre couteau est essentiel ! Votre main doit faire corps avec le manche et laisser le moins d’ouverture possible à un adversaire qui voudrait vous désarmer. La prise la plus simple (et donc CELLE À ADOPTER SI VOUS NE MAITRISEZ PAS UNE AUTRE FAÇON) est dite « du marteau » – votre main enserre entièrement le manche, et votre pouce est positionné lui aussi autour du manche (comme quand vous utilisez un marteau donc). Cette prise présente l’avantage d’une puissance optimale lorsque vous portez un coup d’estoc ou de taille (du haut vers le bas), sans avoir à faire preuve d’une grande technicité. Il existe (en fonction du style de combat, de votre niveau technique, du type de couteau) un ensemble de prise. Il vous suffit de retenir que le but est d’être efficace et de SURVIVRE, il ne s’agit pas d’une chorégraphie.

On retiendra que :

  • Votre lame est TOUJOURS devant vous (et entre vous et votre adversaire), comme un rempart.
  • Restez ramassé sur vous-même, essayez d’offrir le moins de surface possible à la lame de votre adversaire (rentrez les épaules et la tête, adoptez une posture « de combat »).
  • Restez TOUJOURS en mouvement ! Vous pouvez vous déplacer de droite à gauche ou d’avant en arrière mais EXCLUSIVEMENT face à l’adversaire
  • Ne faites pas de mouvements amples avec vos bras (au risque d’être blessé par un coup de taille) mais limitez les à la trajectoire la plus rapide (tout droit quoi).
  • Parer les coups avec votre couteau plutôt qu’avec votre bras. Une blessure, même superficielle mais qui saigne abondamment sera très handicapante.  Un bon technicien du combat au couteau parera PUIS frappera (en théorie…en pratique et bien…advienne que pourra !)
  • Il est fort probable (QUASIMENT CERTAIN) que vous ne parviendrez pas à esquiver tous les coups de votre adversaire. Même en conservant vos distances, même avec un long couteau. Il est ESSENTIEL de préserver vos organes et votre système sanguin. Si vous n’avez pas le choix, utilisez votre bras pour sauvegarder vos fonctions vitales.
  • AVANT DE FRAPPER :
    • Gardez vos distances (et restez en mouvement)
    • Observez votre adversaire et ses réactions, ses mouvements répétés, tout ce qui peut ressembler à une « routine »
    • Observez (et le cas échéant utilisez) votre environnement
  • AU MOMENT DE FRAPPER :
    • Si vous êtes en danger de mort, frappez dès que l’occasion se présente.
    • N’oubliez pas que votre mouvement doit être direct, droit vers la cible
    • Au moment de porter le coup, cessez de réfléchir et laissez votre corps prendre le relais.
    • Frappez avec le plus de puissance possible, en direction du cou ou du haut du torse (cœur et poumons) si possible

SI VOUS NE LAISSEZ PAS D’AUTRES PERSONNES EN DANGER DERRIÈRE VOUS ET QUE L’OCCASION SE PRÉSENTE, FUYEZ ! IL NE S’AGIT PAS DE SE COMPORTER COMME UNE IMMONDE FIOTTE MAIS DE RESTER EN VIE. ET LE BUT ULTIME DANS CE CAS DE FIGURE PRÉCIS, C’EST SURVIVRE !

Pour aller plus loin : contactez moi, je vous transmettrai une liste de bouquins, sites internet, méthodes…

 

Restez forts, soyez bénis !